Un chantier ne se facture pas comme une vente. Il s’étale, il se facture par étapes, et une partie de chaque étape reste chez le client jusqu’à la levée des réserves. Trois mécanismes s’ajoutent à la facturation ordinaire : l’avancement, la situation, et la retenue de garantie.
Comment facturer un chantier à l’avancement ?
Un marché porte un montant total. Ce qu’on facture à un instant donné n’est pas une somme choisie librement : c’est un pourcentage d’avancement appliqué à ce montant.
Deux conséquences pratiques :
- **L’avancement ne recule pas.** Une situation émise à 40 % fixe un plancher : la suivante part de là. Un tableur laisse écrire 35 % après 40 % ; le marché, lui, ne le permet pas.
- **Le cumul ne dépasse pas 100 %.** Ce qui reste facturable est toujours la différence entre l’avancement atteint et le total du marché.
Tant qu’une situation est au brouillon, elle ne compte pas. Seules les situations émises font avancer le marché — sans quoi une proposition abandonnée bloquerait le chantier.
La situation de travaux
C’est la facture du chantier. Elle porte un numéro dans la séquence, elle fige les identités, elle entre dans la déclaration du mois. Tout ce qui vaut pour une facture ordinaire vaut pour elle : mentions obligatoires, immuabilité, chaînage.
Ce qui lui est propre, c’est qu’elle se lit relativement aux précédentes : elle dit où en est le chantier, pas seulement ce qu’elle facture.
Qu’est-ce que la retenue de garantie ?
Le client conserve une part de chaque situation — un pourcentage convenu au marché — jusqu’à la réception et la levée des réserves. C’est une garantie de bonne exécution, pas un impayé.
Ce qu’elle n’est pas
**Ce n’est pas un rabais.** Le chiffre d’affaires est intégralement facturé, et la TVA intégralement déclarée, situation par situation. La retenue ne diminue ni l’un ni l’autre — elle diffère seulement l’encaissement.
**Ce n’est pas une créance en retard.** Un client qui garde 5 % applique le contrat. Faire vieillir cette somme avec les impayés conduit à relancer quelqu’un qui ne doit rien, ce qui est le meilleur moyen de perdre sa crédibilité sur les vraies relances. Voir notre article sur les impayés.
Faut-il facturer à la levée des réserves ?
À la réception définitive, la retenue devient exigible. Et c’est là que le mécanisme surprend : **la levée n’émet aucune facture**.
Le chiffre d’affaires et la TVA ont déjà été déclarés sur chaque situation, au fur et à mesure. Émettre une facture au moment de la levée reviendrait à déclarer deux fois la même somme. La levée rend exigible ce qui était retenu — c’est un mouvement de trésorerie, pas une vente nouvelle.
C’est une erreur fréquente et coûteuse : elle gonfle le chiffre d’affaires déclaré d’un montant qui n’a jamais été une vente supplémentaire.
Ce qu’il faut suivre par marché
- le montant total et le pourcentage de retenue convenus ;
- l’avancement atteint par les situations émises ;
- ce qui a déjà été facturé, et ce qui reste facturable ;
- la retenue cumulée, et si elle est levée ou non.
Sans ces quatre chiffres, on facture au jugé — et l’on découvre en fin de chantier soit qu’on a dépassé, soit qu’il reste des travaux non facturés.
Ce que ach-facture tient
Le marché porte son montant et son taux de retenue. Chaque situation se saisit en avancement, prélève la retenue automatiquement, et met à jour ce qui reste facturable. La levée des réserves rend le retenu exigible sans créer de pièce. Les tarifs réservent ce métier à la formule qui le couvre.